L’Épître des jartières blanches

De mes couleurs, ma nouvelle Alliée,
Estre ne peult vostre jambe liée,
Car couleurs n'ay, et n'en porteray mye,
Jusques à tant, que j'auray une Amye,
Qui me taindra le seul blanc, que je porte,
En ses couleurs de quelcque belle sorte.
Pleust or à Dieu, pour mes douleurs estaindre,
Que vous eussiez vouloir de les me taindre :
C'est qu'il vous pleust pour Amy me choisir
D'aussi bon cueur, que j'en ay bon desir :
Que dy je Amy ? Mais pour humble servant,
Quoy que ne soye ung tel bien desservant.
Mais quoy ? au fort, par loyaulment servir
Je tascheroye à bien le desservir.
Brief, pour le moins, tout le temps de ma vie
D'une autre aymer ne me prendroit envie.
Et par ainsi quand ferme je seroys,
Pour prendre noir, le blanc je laisseroys :
Car fermeté c'est le noir par droicture,
Pource que perdre il ne peult sa taincture.
Or porteray le blanc, ce temps pendant
Bonne fortune en amours attendant.
Si elle vient, elle sera receue
Par loyaulté dedans mon cueur conceue :
S'elle ne vient, de ma voulenté franche,
Je porteray tousjours livrée blanche.
C'est celle là, que j'ayme le plus fort
Pour le present : vous advisant au fort,
Si j'ayme bien les blanches ceinturettes,
J'ayme encor mieulx Dames, qui sont brunettes.

Clément Marot



21/03/2008
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