Sang de louve
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Le carnaval des métamorphes
L'histoire est vraie, vécue, en cours.
Voici donc quelques lignes de vérités noyées dans des oublis intentionnels, car pas question d'exposer quiconque aux hurlements des loups, ni de faire mordre les rats…
~Pour parler de ceux d'égouts, les rats vivent en bandes extrêmement bien organisées quand on y pense…
Ces animaux ont une faculté d'adaptation incroyable !
Saviez-vous que l'entraide existe chez ces bestioles peu ragoûtantes ?
Ils savent s'utiliser, les uns les autres, pour accéder à la poubelle tant convoitée, par exemple.
En rang d'oignons puants, ils se groupent, font le tas devant le réceptacle à immondices pour permettre à quelques uns de monter et plonger dans la pourriture immonde de leur régal.
Mais je ne suis pas sûre que les rats qui se vautrent joyeusement dans les largesses des cuisines délaissées n'exploitent pas les autres du tas substitut d'échelle.
"Quel intérêt de parler des rats, même s'ils sont fascinants de ressemblance à certains grands bipèdes ?" Parce qu'on y retrouve les exploiteurs et les exploités, les ours mal léchés et les persécutés d'habitude, les premiers servis et les grignoteurs de restes...~
Enfin, vous vous fichez des rats et de leur organisation, alors j'en reviens à mon sujet :Dans un pays heureux, j'ai voyagé récemment.
Ah, quel beau pays ! Avec ses fleuves aux eaux sombres bordés de petites fleurs !
Sa mer, et le reste.
~Au fait, non, rien à voir, mais savez-vous que le rat est un excellent nageur ?
Surtout quand la motivation prend la forme d'un délice ignoble à se mettre sous la dent…
Je vous lasse avec les rats sans doute. Vous le pensez. Si, ne dites pas le contraire, je vous entends !~Voilà, voilà, j'entre enfin dans le vif du sujet et mon récit :
En revenant d'Ukraine, d'un voyage pas plus humanitaire que d'affaires, j'étais sur les genoux et sur un nuage, de ceux mousseux et douillets qui font penser à de grosses fleurs de cotonniers.
~Tiens, du coq à l'âne, je peux vous dire que les rats s'adoptent entre eux.
Quand ça les arrange, une rate s'occupe de la marmaille pour permettre aux autres d'aller chercher les bonheurs infects, et si une mère ne rentre pas, tombée aux pièges du hasard, le raton reste à la rate de garde.
Celle-ci l'élève…ou le mange.
Je vois vos têtes, et je ris, mais je promets que mes parenthèses ratinesques s'arrêtent là !~Mais qu'allais-je donc faire en Ukraine ? Me direz-vous.
J'y viens, mais j'aime bien situer les choses et planter le décor, patience donc !
Quelques heures confortables après avoir retrouvé ma montagne, à tenter de réaliser que le voyage fixé dans mes yeux comme une lumière, était celui d'une exploration intérieure, je redescends sur terre, mais rien n'est plus comme avant dans les couleurs et le parfum des fleurs et des simples…
Une course folle pour faire voler un petit papier de rien jusqu'en Ratagonie débute alors, il fallait qu'il arrive absolument…avant le solstice d'été...
-Les valises posées, vidées, rangées, je sors ma plume et commence à noircir la feuille qui devra s'envoler le lendemain, avant le coucher du soleil.
Je donne, sur ce papier, tout ce que j'ai rapporté, ce qui est entré dans ma tête.
J'écris, lentement, longuement, j'explique.
L'Ukraine et ses quarante quatre degrés cuisants, les jours, les nuits, le vide, la peur.
Je raconte les dix-huit jours à marcher avec la Lune, vers elle.
Sept femmes pieds nus sur la terre brûlante des chemins de Kherson.
Sept êtres, sept langages, sept couleurs.
Le silence des voix, la chaleur pesante, la sueur qui exhale l'animale plus que l'humaine.
La soif, l'eau partagée, la poussière, la route grise.
La nuit qui tombe, enfin.
La réunion, formelle, informelle.
La préscience, les sentiments, le parfum des feuilles de sauge, le feu dans les reins.
L'incandescence des cerveaux, les crampes dans les mains, les jambes.
La danse, chaloupée.
La communion des esprits, sept, féminins, expérimentés, innocents, nourris, avides.
Les étoffes qui volent, les pieds nus dans la cendre, le souffle court, le groupe qui s'éparpille…
Et la Lune ronde et lumineuse-
J'écris ainsi durant toute la nuit.
Ma lettre est attendue en Ratagonie, ce n'est pas un pays, ne cherchez pas sur un planisphère terrestre.
Il vous faudrait celui de la Lune, mais je ne pense pas que vous puissiez le trouver, on ne vous le donnera pas davantage.
Il y a seulement sept planisphères de la Lune, enfin, je parle de ceux où est mentionné la Ratagonie.
J'en ai un. Vous ne savez pas où sont les autres.
Aux premières heures du jour, je pose ma plume et je plie soigneusement la feuille qui porte mes mots.
Je sors un morceau d'étoffe rouge, de la soie, que j'ai aussi rapporté du voyage, et je l'étends sur le sol pour y déposer ma lettre.
Ceci fait, tendant les bras vers le ciel, je chante quelques notes sans paroles, spontanées, improvisées.
Le son de ma voix devient lancinant, la musique est gémissement et s'essouffle.
Chaque note lancée s'épuise avant que la suivante ne la rejoigne.
J'attends que le poids de mes bras m'indique le moment de reprendre la feuille et de l'envelopper complètement de la soie rouge.
C'est plus d'une heure après que je m'agenouille et pose les mains sur le sol.
J'inspire profondément et ramasse le papier et l'étoffe, puis me relève et me dirige vers le petit bois derrière la maison.
Je traverse les broussailles, les ronces me griffent la peau, une toile d'araignée se plaque sur mon visage. D'une main je repousse les branches les plus souples, et me penche pour me glisser sous les plus lourdes, serrant sur mon ventre la lettre.
Au bout d'une heure de marche à forcer le chemin, j'arrive enfin à la clairière, tout au centre du bois.
Je suis attendue, l'aigle qui doit porter mes mots en Ratagonie trône sur une pierre plate.
Sans un mot, je lui tends la soie et son contenu qu'il prend aussitôt dans son bec puissant, et s'envole dans l'instant.
Je suis l'oiseau des yeux jusque qu'à perdre son image dans le bleu du ciel, et m'allonge près de la pierre.
Le sommeil n'est pas long à venir, sans rêve, jusqu'à la nuit.
L'obscurité est profonde quand je me réveille sous un souffle chaud sur mon front.
Il est là, celui qui prouve que l'aigle est arrivé en Ratagonie, c'est un loup immense dont les yeux envoûtent et vous tueraient d'un seul regard si vous les croisiez.
Je le connais bien, il est le messager de la Lune, sa voix.
Sa fourrure ondule dans la marche, ses pattes énormes marquent la terre humide des fossés, son haleine est de sauge brûlée...
Il me fixe dans les yeux, autorisée, et lance un hurlement à déchirer la voûte céleste !

C'est alors que je sens vibrer le sol sous mes pieds, une onde monte et me parcourt, me donnant l'impression d'une implosion prochaine. Je tends les bras en croix, les paumes vers l'infini et hurle à mon tour.
Me voilà louve face au loup... Nos sangs pulsent à l'unisson.
Après un jour et une nuit, le soleil à l'apogée éteint nos hurlements.
Je retrouve ma condition humaine et le loup sa tanière...
Reprenant l'étoffe qui me couvrait la veille, je repars dans le bois et vers ma maison par le chemin que les branches ne ferment plus.
Vous vous posez des questions, si vous avez lu jusque là, c'est évident :
"Et les rats, là dedans ?" "Et l'Ukraine ?" "Pourquoi cette lettre ?" et bien d'autres interrogations à l'évidence. Vous vous dites que c'est un conte, et qu'il ne tient pas debout, la lecture vous lasse peut-être même un peu, voire beaucoup et vous avez envie de quitter le récit avant la fin.
Faites, la liberté est pour cela !
Mais, je continue ma relation, la liberté est pour cela aussi...
Près de la petite porte de mon jardin, au bois gris et terne, poétique à souhait, j'avais laissé intentionnellement deux plumes de geai, l'une bleue, l'autre noire. Elles sont la marque d'une entrée préservée des visites pendant mon absence.
De la main gauche je reprends la plume noire, et de la main droite, la bleue. Et la porte s'ouvre, seule, sur la cour de ma maison.
Dès que je pose un pied à l'intérieur, les cris, les plus épouvantables qu'un être humain ait pu entendre, résonnent depuis le bois. Je sais d'où ils viennent parce que je suis dans le loup comme il est en moi. Dans sa tanière, l'animal messager de la Lune, a égorgé sept rats.
Il ne s'agit pas d'un sacrifice, le loup ne se repaît pas des malheureux rongeurs, ce n'est pas non plus parce qu'ils volaient l'eau de sa rivière à l'instar d'un agneau bien connu.
Ces rats étaient ce qui restait des âmes des sept esprits du voyage en Ukraine, et pour l'achever, il fallait arracher la vie humaine à l'animal qui s'en était emparé. Voilà qui est fait !
Mais, l'aboutissement n'est pas...
Sept esprits sont voués à la Lune, sang du loup et sang de femmes.
Saviez-vous de quoi est constitué notre satellite ?
Non, bien évidemment, comme la plupart, vous pensiez à un caillou sans doute, du sable, sans vie et dépendant des attractions.
Quelle erreur !
La surface de la Lune, certes, est bien minérale, mais le centre pulse et ça, personne ne vous l'avait dit.
Ce ne sont pas quelques voyages technologiques qui auraient pu permettre une telle découverte !
Et puis, on vous dira qu'une matière vivante dans le cœur du satellite est une ineptie de taille, un délire, un rêve, et que les scientifiques ont percés tant de mystères qu'il faut leur faire confiance aveuglément en la matière !
Ah, si vous voulez, faites, la liberté est pour ça également.
"Et l'Ukraine alors ?" dites-vous.
C'est là que ce sont réunis les sept esprits choisis pour être voués à la Lune.
D'accord, ça ne vous explique pas la raison du lieu, tant pis…je ne vais pas tout vous livrer tout de même !
Où sont les autres ? Chut…peut-être pas si loin de chez vous, allez savoir…
J'allais oublier un détail auquel vous avez droit pour la compréhension du récit, si compréhension est possible…J'ai écrit la lettre pour la Lune, dans l'encre de mes veines et la plume vient de l'aigle de la clairière.
Le loup, lui, a donné l'énergie du voyage...
Article ajouté le 2008-06-20 , consulté 153 foisCommentaires
tartaupomm site : lesallumesdelawale.blog4ever.com | le 07/07/2008 à 14:32:01
..fascination, voilà!
d'une fille de la Lune amante des loups à une fille d' âme jumelle experte pour apprivoiser les mots..........
Barbad site : aubracjetaime.blog4ever.com/blog/lirarticle-208481-791164.html | le 30/06/2008 à 07:45:53
Une écriture inattendue habitée d'un IMAGINAIRE poétique peut-être le regard du jeune loup noir sur la page d'AUBRAC JE T'AIME....ouvrira-t-il la page du MYSTERE
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