Martha

Dans un pays de collines et de forêts profondes, là où le ciel n'était jamais sombre,

vivait Martha.

Elle avait une petite maison, bâtie de la plus belle et scintillante glace aux reflets d'azur.

Depuis le ciel, on pouvait voir briller la maison de Martha, mais seuls les oiseaux le savaient, et le chantaient.

La lumière du soleil faisait dire, à ceux qui la regardaient, que Martha habitait dans un diamant.

La lueur de la lune faisait assurer que ses murs étaient d'argent.

 

Martha souriait en entendant cela, sa maison avait simplement la couleur du bonheur, dans un pays où la neige était bleue.

 

Chaque jour, elle ouvrait sa fenêtre pour accueillir la brillante lumière, puis elle partait durant quelques heures, à la recherche des plus beaux flocons de neige. Martha en faisait des bouquets qu'elle offrait à chaque personne croisée sur son chemin.

 

Bien sûr, tous ses bouquets étaient bleus, puisque la neige ne changeait jamais de couleur.

 

Martha, était vêtue d'un long manteau blanc bordé de nuages mousseux, de jolies bottes teintées d'outremer,  et d'une longue écharpe semblant tissée dans les rayons du soleil.

Elle portait aussi une toque de laine aux couleurs de la nuit, sombre et parsemée d'étoiles, et couvrant entièrement ses cheveux.

Jolie Martha, disait chacun en la voyant passer, mais c'était surtout ses cadeaux qui la faisait attendre !

Elle avait déjà fait, et offert, plus de bouquets de flocons bleus que le ciel comptait d'astres.
Toutes les maisons alentour en étaient égayées.

 

Á la nuit, de retour dans sa  petite maison de glace, Martha disposait quelques brindilles dans sa cheminée, qui s'allumaient seules, comme par magie.
Une douce chaleur se répandait et tenait jusqu'au
matin, sans ajouter ni bûches, ni branchettes.

 

Elle aimait le monde et les gens, alors, à ceux qu'elle n'avait pas croisés dans sa journée, elle écrivait des mots qu'elle envoyait vers le ciel, portés par les notes de sa musique de nuit.

Elle chantonnait, et se disait que quelque part, ici et là-bas, ses cadeaux seraient peut-être reçus.

 

Le pays de Martha, bien que toujours dans la neige et la glace, était calme.
Il faisait toujours beau temps.

 

Mais un jour, à l'étonnement de tous, le ciel s'assombrit.

Le vent, d'ordinaire brise légère, se leva et se mit à souffler en violence.

Il battait les fenêtres, les portes, faisaient tournoyer les flocons de neige dans tous les sens. 
Le vent était devenu fou !

 

L'air, ce jour là, n'était plus transparent, et, dans sa promenade, Martha ne voyait plus qu'à trois pas devant.
Son manteau ne lui
semblait plus chaud du tout, et son écharpe s'envolait, elle dut la

retenir plusieurs fois !

Martha se demandait pourquoi le vent avait tant changé.

On eut dit qu'il voulait tout détruire !

Le sourire de Martha disparut de son visage, elle ne pouvait plus cueillir de flocons, mais, de toutes façons, elle ne croisait plus personne à qui les offrir…

Tous se calfeutraient en attendant que le vent redevienne brise, et que le pays retrouve son calme et sa beauté.

 

Le soir de ce jour, en rentrant de sa promenade, elle mit des brindilles dans la cheminée, comme à son habitude.
Mais cette fois, le feu ne
s'alluma pas seul, alors, triste, Martha garda son manteau, ses bottes, son écharpe, et sa toque…

 

Elle avait froid, dehors et dans sa maison…

 

Le jour suivant fût tout autant tourmenté. Martha ne sortit pas, elle regardait seulement par sa fenêtre, tremblante, serrant le col de son long manteau blanc.

 

D'autres jours passèrent ainsi, et les fines mains de Martha n'arrivaient plus à écrire les mots qu'elle aurait aimés envoyer à tous.

Sa musique de nuit n'était plus, mais n'avait rien à porter sur ses notes…

 

Un matin, alors qu'elle était restée assise toute la nuit devant l'âtre froid, triste comme jamais et espérant la magie du feu, une larme coula sur sa joue. 

Il faisait si froid que ce pleur discret gela immédiatement, c'est une perle de glace qui tomba sur ses genoux !

 

La perle brillait comme un petit cristal et faisait penser aux jolis flocons qu'elle mettait en bouquets.

Dieu, que ses cueillettes lui manquaient !

Il fallait qu'elle puisse à nouveau offrir ses sourires, ses bouquets, et ses mots

« mais comment arrêter ce vent, comment redonner au pays sa douceur bleue ? » murmura-t-elle dans une plainte.

Elle se leva d'un bond et se dirigea vers sa fenêtre, ses yeux se posèrent encore sur le paysage de désolation, puis elle décida de sortir.

 

Dehors, elle vacilla, le vent hurlait et la bousculait, mais Martha ne voulait pas rentrer dans sa petite maison glacée.

Alors elle se mit à crier, s'adressant au vent comme s'il était doué de vie et entendait : 
« Pourquoi veux-tu tout détruire ? Ta colère ne
changera rien, j'irai par les chemins de neige ! Je vais trouver les flocons, et les offrir, encore, encore, encore ! »

Martha pleurait en lançant ses mots vers le ciel.

 

Soudain, une immense tornade monta d'on se sait où, elle gonflait, sinuait, aspirait et engloutissait la neige, les forêts, les maisons, tout, un désastre !

Martha tomba.

Allongée, le visage sur le sol glacé, elle n'osait plus bouger.

Des larmes arrivèrent, intarissables, elle avait répondu à la furie du vent, elle pliait devant sa rage de géant.

 

Mille perles de ses yeux roulèrent, les larmes de Martha…

 

Un long moment après, tout se figea dans un silence lourd.

La vie semblait avoir cessé avec le déchaînement du vent…

 

Craintivement, Martha leva la tête, elle vit une immensité bleue, la neige lisse comme si elle venait de tomber.

Doucement elle se releva et tourna sur elle-même, rien, il n'y avait plus rien.
Plus de forêts, pas un seul branchage, nulle maison.

Même les collines ne modelaient plus l'horizon.

Martha voulu retourner chez elle, mais plus aucun chemin n'était tracé,

la neige ensevelissait tout, jusqu'à son empreinte.

Elle fit trois pas, et vit que ses bottes ne laissaient aucune trace.

 

Il faisait grand jour, mais le soleil avait disparu. Plus de nuages.

Pas de brise.

Rien d'autre que le bleu de la neige.

 

Martha décida de marcher, sans s'arrêter, en pensant qu'elle rencontrerait certainement quelqu'un, ou trouverait une maison, la sienne peut-être.

 

Une heure, deux, et d'autres, Martha avançait, vite, elle n'avait plus froid, n'avait plus de larmes.

Ni triste, ni gaie, elle posait ses pas, mécaniques, sur la neige sans souvenir.

 

Durant longtemps, longtemps, aucune nuit ne tomba sur le pays, nul astre ne brilla dans le ciel.

Mais, Martha ne s'arrêta pas.
Elle marchait, les yeux fixant l'horizon
qui s'effaçait lentement, se fondant dans l'aplat bleu de la neige.

Martha s'épuisait, et chaque nouveau pas lui demandait beaucoup d'efforts.

 

Une multitude d'heures plus tard, un léger et fin rayon de lumière apparut, pâle, sans chaleur.

Martha esquissa un sourire, elle se disait que le soleil allait bientôt revenir et le bonheur dans les neiges bleues avec.

 

Mais, au fur et à mesure que le ciel reprenait ses couleurs, Martha s'effaçait.

Son image devenait de plus en plus transparente, et lorsque le soleil fût tout à fait là,  elle ne ressemblait plus qu'à un voile lumineux.

La première nuit qui vint, depuis des temps et des temps, emplit le cœur de Martha d'une grande joie.

Courageusement, elle continua encore sa route, jusqu'au nouveau matin.

 

Mais l'aurore qui donnait raison à Martha d'avoir espéré, la rendit complètement invisible.

Personne ne vit plus jamais Martha et ses sourires.

Elle voyait tout et tous pourtant !

 

Elle vivait, mais n'était plus qu'un souvenir heureux.

Tous se dirent que le vent avait dû l'emporter et que c'était bien triste, et ils l'oublièrent…

 

Souvent, aujourd'hui, Martha vient chantonner doucement à l'oreille des promeneurs
« je suis là, écoutez mes mots et mes notes ! » 
mais, c'est le chant d'une brise légère qui est entendue.

 

 

Texte protégé © Istina.Svaboda



Article ajouté le 2007-12-22 , consulté 365 fois

Commentaires


mamyrose site : mamyrose.over-blog.com | le 02/05/2008 à 21:29:23
Quel beau texte quelle poésie! J'écrivouille pour mes petits enfants, mais rien de cette qualité.
Je reviendrai

Cathie le 12/03/2008 à 16:08:44
Ce texte est d'une poésie, d'une douceur, Marie ...
Merci !
Comme j'aimerais savoir écrire ainsi ...

Bisous
Cathie

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