Bâtisseur sur lise

Dans la maison de pierre, que les vents les plus forts ne semblaient
pouvoir ébranler, le sol a été changé, par celui qui a  remplacé
des dalles en un sable mouvant.
Il a déposé ses mensonges qui brillaient comme un granit poli longtemps.
Mais le granit n'était pas, seul son éclat paraissait.
Tant que le hasard a dirigé mes pas loin de la lise,
la couleur des dalles rassurait.
 
Longtemps, longtemps, solides semblaient les dalles,
et aucune ne manquait disait le porteur de mensonges.
 
Alors qu'un jour mon pied ne trouvait pas d'endroit stable,
mes yeux se sont posés sur ce sol trompeur.
M'approchant plus près, par une curiosité vive, j'ai soufflé doucement,
et plus fort, et des grains de sable ont volé.
Puis, un fort vent a soulevé le reste et est venu lacérer mon visage.
 
Les murs se lézardent aujourd'hui, parce que celui qui pensait
que le brillant de ses mensonges suffirait comme fondation,
est un constructeur sur sable mouvant.
Mais ce constructeur sur lise est amateur d'apparences,
adorateur d'imitation, il travail le mime comme l'argile souple.
Il s'est modelé le masque aux lignes pures.
Il voit que son ouvrage était mal fait, mais nie que sa conception
était maudite.
 
Il ne peut reconnaître que son sable venait des fonds les plus pollués
des rivières brunes.
 
Il dit que mes yeux me font des niches, et que mes réflexions s'égarent,
d'ailleurs comment puis-je avoir des réflexions ? Ricane-t-il .
Lui ne les reconnaît pas, ne peut qu'en admettre une ou deux,
petites, toutes petites, de rare en rare, si l'oreille, dans laquelle tombe
son admission, lui semble d'utilité.
 
L'utilité qu'il cherche pour son image,
mon Dieu que son image est importante !
Que la terre tremble, que le monde explose, que la maison s'écroule,
tout vaut mieux pour que son masque jamais ne tombe.
 
Alors il propose une danse :
Il monte sa voix de basse comme l'orage violent transperçant les nuages.
Il susurre son intelligence.
Il appuie sur l'épaule, pèse, à faire tomber le genou au sol.
Il accroche un pétale fâné de raiponce à son orgueil de grand,
Il rappelle les erreurs des autres, gravissimes éthers qu'il n'a jamais atteints.
Il perd sa mémoire dès qu'une réalité se présente.
Sa voix monte encore, ce n'est pas une danse,
mais des montagnes qu'il force à gravir, pour, d'un coup dans le dos,
faire chuter jusqu'en bas, dans les cailloux pointus qu'il avait disposés.
 
Dans son jardin, les fleurs les plus magnifiques doivent lui ressembler,
la petite fleur de moutarde, le pétale d'un tabac chétif,
la robe piétinée d'une violette, ne peuvent par lui avoir été semées.
Le carré mal dessiné de son potager, ne peut qu'être le résultat de
l'égarement du rateau de la jardinière.
 
Dans ses cultures, tout est normal, les lignes légumières suivent le bon tracé,
les fruits ne sont pas hors des normes, ni tâlés, le goût de son vin
ne peut être âpre, l'erreur ne peut être.
La normalité est le nom qu'il tolère pour toutes les espèces de son jardin.
 
"Ne fouille pas le terreau de son sol, tes découvertes le ferait t'intrôniser
maître de folie"
 
 
 
 
 
 


Article ajouté le 2007-12-13 , consulté 171 fois

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